Monsieur Djelloul Achour, PDG du groupe SERPORTS

« Cerner les contraintes et les difficultés qu'il va falloir surmonter, ensemble, pour atteindre nos objectifs ».

Dans cette interview accordée par Monsieur Djelloul Achour, PDG du groupe SERPORTS à la «Revue du Port d’Alger », la stratégie des ports d’Algérie demeure au cœur du développement national .Elle est analysée et précisée dans ces réponses. En toile de fond d’une feuille de route gouvernementale très exigeante.

Question : Monsieur le Président, vous êtes à la tête du stratégique groupe SERPORT depuis peu, et les ports d’Algérie restent toujours chevillés à des exigences économiques. Pourriez-vous nous en décliner les grandes lignes ?
Je suis ingénieur de formation universitaire, après l’accomplissement de mes obligations vis-à-vis du service national, en 1981, j’ai rejoint la SONATRACH, dans le cadre de ses programmes de développement, et dix ans après j’ai intégré l’entreprise portuaire de Bejaia, où j’ai présidé aux destinées de ses projets à la Direction du Domaine et du développement.
J’ai été récemment nommé à la tête du Groupe SERPORT (13 Juin 2018), aussi il est utile de rappeler que j’appartiens à la famille portuaire depuis plus de 27 ans et que le dernier poste que j’ai occupé était Président Directeur Général de l’EP Bejaia.
Question : Vous revitalisé l’EPBejaia, bonifié ses investissements, et vous passez aujourd’hui à la gestion macro de dix ports nationaux. Que suscite en vous cette responsabilité ?
Cette longue carrière dans le secteur portuaire m’a permis de bénéficier d’une riche expérience, sur le plan personnel et professionnel et en même temps de cerner les contraintes et les difficultés qu'il va falloir surmonter, ensemble, pour atteindre nos objectifs.
Durant les cinq dernières années, les entreprises portuaires ont consenti un effort considérable en matière d’investissement dans les domaines des infrastructures et des équipements portuaires, dans le but d’améliorer la qualité des services et d’augmenter les performances portuaires qui ont un impact direct sur l’économie nationale.
Néanmoins, ces investissements ne peuvent à eux seuls constituer l’objectif recherché, une véritable transformation technologique doit accompagner l’exploitation de ces investissement à savoir ; un système d’information portuaire intégré efficace adossé à un Port Communité Système (PCS) qui permettra la dématérialisation des procédures et une connexion en temps réel entre les différents intervenant dans les opérations portuaires, « Port, Services des Douanes, Contrôle aux frontières, Armateurs, Transitaire … ».

Question : Quelle stratégie adopter pour permettre aux ports d’Algérie de développer davantage l’activité conteneurisée et la réception des grands navires en attendant l’entrée en exploitation du grand port d’El Hamdania? Ce futur hub maritime est-il cette solution tant espérée d’oxygénation d’Alger, qui freine l’extension du port ?

L’Algérie consciente de la mutation du transport maritime au cœur du Conteneur, a commencé, dès les années 1990, à adapter ces infrastructures portuaires à l’instar des actions d’aménagement engagées au niveau des ports d’Alger, d’Annaba, d’Oran.
Les actions concrètes de mise en place de réels terminaux à conteneurs ont été réalisées au niveau de Bejaia avec un partenaire Singapourien (PORTEK) et au niveau d’Alger et de Djen-Djen avec un partenaire Emirati (DP WORLD).
D’autres nouvelles infrastructures dédiées aux terminaux à conteneurs sont en cours de réalisation ; il s’agit de celui de Djen-Djen, de celui d’Oran, mais la majorité de ces ports se trouve dans des centres urbains, ce qui limite toute possibilité d’extension de leurs infrastructures. C’est pour cette raison que les Pouvoirs publics ont décidé de construire un nouveau port, en eaux profondes afin de mieux répondre aux exigences du transport maritime (taille des navires) ainsi que développer le transbordement, et promouvoir les liaisons logistiques nationales et aussi internationales.
Question : Le rail est certainement, entre autres segment de transport à implémenter dans ce maillage…
Effectivement. Pour répondre au mieux à cette alternative, le secteur du ferroviaire doit impérativement rallier cette démarche et aussi s’impliquer efficacement aux transferts des marchandises, les efforts doivent être conjugués pour proposer un concept mutualisé de maillage logistique et répondre efficacement aux attentes des opérateurs. Cette solution pourra être un modèle intéressant à plus d’un titre à condition aussi que l’info structure puisse elle aussi s’inscrire dans cette optique.

Question : La formation en management portuaire accuse un déficit préjudiciable pour le secteur. Un programme dédié est-il prévu, planifié, élaboré ?

Le Groupe SERPORT a déjà engagé une réflexion pour prendre en charge le volet formation, Une Ecole de Formation en Management Portuaire est en cours de création (1er Trimestre 2019).
Cette Ecole prendra en charge l’ensemble des besoins des entreprises portuaires en matière de formation en intégrant les nouveaux métiers de la Logistique.
Cette école servira aussi comme espace de concertation et de réflexion entre les cadres et les experts du domaine portuaire et maritime dans l’objectif de profiter de l’ensemble des compétences nationales et participera dans les différentes études locales (secteur portuaire) visant à améliorer les performances portuaires.

Question : Monsieur le Président, le volet coopération, est un domaine de nature à revitaliser et à bonifier les ressources humaines. Traditionnellement, la Belgique était notamment un partenaire privilégié dans la formation des cadres portuaires nationaux. Sur quels segments comptez-vous amplifier vos efforts ?

Le Groupe SERPORT de concert avec le Ministère des Travaux Publics et des Transports œuvrent à tisser des coopérations dans le domaine maritime et portuaire, au niveau régional (MED PORT) et au niveau mondial afin d’amplifier les échanges des bonnes pratiques dans notre domaine.
A titre d’exemple, des protocoles d’accord ont été signés en 2017 avec l’APEC (Port d’Anvers) et le Grand Port Maritime de Marseille, notamment dans l’ingénierie de la formation.
Nous encouragerons la mise en place de cycles de formation également pour préparer les cadres et les gestionnaires des entreprises de demain.
Dans un autre volet de concert avec les structures du secteur nous devons pourvoir le marché de l’emploi en termes de personnel naviguant où le déficit est très important, surtout pour les échéances urgentes, compte tenu des projets de modernisation de la flotte maritime nationale engagés pour le pavillon national, dans la perspective de l’efficience de la logistique maritime.

Question : Au port d’Alger, une attente cordiale règne sur les relations Direction Générale-Partenaire Social. Ce qui se traduit par un climat de travail serein. La même atmosphère semble prévaloir au niveau des autres ports d’Algérie. Monsieur le Président, et ce sera ma dernière question, avez-vous un message à transmettre aux travailleurs ?
Sur ce sujet ? je voudrais partager avec vous ma conviction profonde que l’épanouissement et l’évolution que ce soit individuel ou de groupe, ne peux être atteint que grâce au dialogue, à l’échange, à la concertation et à l’adhésion de l’ensemble des travailleurs. Ce sera le gage pour concrétiser notre stratégie de développement et d’atteindre des performances au-delà de celles déjà réalisées.
Comme vous l’avez bien mentionné ? nous travaillons dans un climat social serein grâce à un professionnalisme soutenu de la part des partenaires sociaux des entreprises et à leur tête la FNTPA et nous devons persévérer pour préserver cette excellente relation.
Je profite de cette occasion pour remercier l’ensemble des travailleurs de la famille portuaire qui n’ont jamais ménagé aucun effort pour la réussite de nos entreprises et je suis plus que convaincu de leur volonté de continuer sur cet élan.


Localisation du port